« Je, tu, elle » d’Adeline Fleury

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Adeline Fleury - Je, tu, elle

J’aime les premiers mots d’un livre.

« Le cul dans la vase, elle gratte. »

Elle gratte inlassablement sur la plage. Imitation d’une pratique ancestrale de la pêche aux coquillages. Cette femme que l’amour a vidé de son essence gratte le sable, l’écoule entre ses mains comme une enfant et se recouvre de vase. Son corps est une souffrance. La jouissance imprimée sur chaque parcelle de sa peau revient infatiguablement. Le manque est cruel.

« Alors je me suis jetée dans la vase, tout habillée, j’ai fermé les yeux, et puis j’ai roulé sur moi-même, les cheveux pleins d’encre, les jambes pleines du liquide froid et visqueux, les bras, la bouche, les narines, jusqu’à quasi-suffocation. J’y étais, je devenais palourde. »

Je, tu, elle d’Adeline Fleury ed. François Bourin

Ce roman se lit comme on écouterait une conversation. Deux amis se séparent et nous entendons dans un premier temps la version de l’un puis de l’autre. Nous compatissons, nous acculons l’autre puis nous comprenons et nous nous perdons dans les méandres de ses souvenirs. Souvenirs de jouissance, d’osmose sexuelle, de désir physique et psychique jusqu’au point final. Les corps sont fatigués, les oreilles usées d’avoir entendu les cris de plaisir. C’est terminé, ça doit se terminer.

« Un matin, je me suis réveillée totalement aphone, aucun son ne sortait de ma gorge nouée, j’ai essayé de pousser un cri, je ne pensais pas qu’un cri pouvait être silencieux. »

Puis le silence.

Les derniers souvenirs sont ancrés dans les pores. Ce corps qui rappelle sans cesse le besoin d’être touché par lui. Ce corps qui fait mal et que l’on voudrait renouveler comme la mue d’un serpent. Dans son roman, Adeline Fleury nous raconte l’histoire de « Je » et de « Tu », puis de cette « Elle » qui apporte un autre regard sur ce déclin. Une partie pour chaque personnage et un roman pour comprendre jusqu’où le désir peut aller. L’écriture de l’auteure est tout en contraste, le personnage « Je » avance telle une funambule. Les chapitres s’enchaînent et l’on se pose la merveilleuse question de savoir si les larmes de joie sont les mêmes que les larmes de tristesse. Juste waouh.

Bonne lecture à tous !

N’hésitez pas à me faire vos retours et à me suivre sur mon compte @charlottefoisplus.

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