Delphine Millet et sa fantomatique série Islandaise, « Wonderland »

22 commentaires

© Toutes les photographies de ce post appartiennent à Delphine Millet, elles sont publiées avec son aimable autorisation.

Récemment, Delphine laissait un commentaire sur un de mes articles. Sa photo m’avait intriguée et j’avais cliqué. J’ai découvert son jeune blog, ses très belles photos et j’ai tout dévoré ! C’est comme ça que j’ai découvert « Wonderland », une série d’autoportraits, réalisée lors de son voyage en Islande. Très touchée par ses photographies, j’ai voulu en savoir plus sur Delphine Millet, et sur son processus créatif. Je sais que raconter l’envers du décor enlève parfois un peu de magie aux photographies mais j’étais bien trop curieuse ! Au final, j’admire encore plus Delphine et j’aime toujours autant ses photographies. Je vous laisse découvrir quelques photos avant son interview :

Delphine Millet - Wonderland 4 Delphine Millet - Wonderland 5 Delphine Millet - Wonderland 6

Toutes les photos de la série « Wonderland » sont disponibles sur le site de Delphine Millet.

J’aimerai en savoir un peu plus sur ton « parcours » photographique : A quel âge as-tu commencé la photo ? As-tu pris des cours ou es-tu autodidacte ?

Après des études dans le web, à 22 ans je me suis réorientée. J’avais envie de faire quelque chose de plus créatif, du coup j’ai choisi d’intégrer les beaux-arts d’Epinal. Cette école m’intéressait car elle s’axe autour de la narration. Je ne dessinais pas, je n’avais jamais fait de photo. Mais j’ai toujours aimé raconter des histoires.C’est au cours de mes études que j’ai découvert la photographie, et il m’a encore fallu quelques années avant de comprendre que je pouvais raconter des histoires par ce moyen et d’arriver à avoir une écriture personnelle.
Même si nous avions des cours de photographie, je me considère comme autodidacte. Les 3h pour nous expliquer le fonctionnement d’un appareil n’ont pas suffi et c’est à côté, et surtout après ma formation que j’ai appris ce que je sais sur la technique. Il n’y a pas de secret : c’est en forgeant qu’on devient forgeron !

D’où viennent tes inspirations ?

Elles viennent d’un peu partout : des images que je trouve sur le web, d’autres photographes, mises en scène, des films, des paysages qui m’entourent… Je mixe tout ça pour faire naître une idée.

Delphine Millet - Wonderland 10

Concernant la série Wonderland, elle a été shootée en Islande, l’as-tu imaginé sur place ou avais-tu anticipé cette série ?

Je n’avais pas d’idée spécialement en y allant mais j’avais envie de créer une série là-bas. Cela faisait quelques années qu’on me disait que je devrais réaliser une série, car je ne faisais que des images « seules ». J’ai eu beau essayer, me forcer je n’ai jamais vraiment réussi à trouver une idée à développer. C’est lors de ce voyage en Islande que j’ai senti que c’était le bon moment, que j’avais quelque chose à dire sur la durée.

Quel matériel as-tu utilisé ?

J’utilise un Sony A7R, c’est un petit boitier numérique qui possède un capteur plein format. Il offre une qualité professionnelle pour un encombrement minimum, ce qui est parfait lorsqu’on voyage ! La série a été shootée presque uniquement avec l’objectif 55mm de Zeiss. J’utilise aussi un trépied. J’avais une télécommande mais elle m’a lâché dès que je me suis retrouvée toute seule. Je suis partie deux semaines en Islande, la première j’étais avec des amis photographes et la deuxième j’étais seule. C’est surtout durant cette deuxième semaine que j’ai réalisé cette série. [NDLR : Delphine Millet raconte son voyage sur son blog, Entre Deux.]

Tu t’es mise en scène toi-même, comment arrives-tu à te placer aussi parfaitement ?!

Depuis que j’ai quitté l’école j’ai l’habitude de faire des autoportraits, au début parce que je n’avais pas de modèle et depuis cela fait partie de ma façon de faire. Mais d’habitude j’ai une télécommande ce qui simplifie la mise au point. J’ai donc du faire comme à mes débuts sans télécommande, avec le retardateur ! Je fais quelques essais de composition, pour savoir où je me place même si souvent lorsque j’ai installé mon trépied, je sais où je vais me situer dans l’image. Une fois que j’ai choisi précisément l’endroit où je vais être, je fais la mise au point sur celui-ci en utilisant les éléments du paysage (des herbes, une pierre, …) voir en posant un objet à cet endroit. J’enclenche le retardateur et j’ai 10 secondes pour me mettre en place. L’appareil prend trois photos, ce qui me permet des petites variations. Ca a été assez sport pour certaines images !!! Pour d’autres c’était carrément impossible de se placer à temps, du coup je demandais à des gens d’enclencher l’appareil pour moi : un ami pour la photo dans l’eau (une des 2 seules que j’ai réalisé la première semaine), des touristes, une auto-stoppeuse avec qui j’ai fait un bout de chemin… Les gens étaient très gentils et ils devaient avoir un peu pitié de me voir dans le froid avec ma robe blanche ! Une fois la photo prise je vais regarder sur l’écran le résultat, j’analyse les images prises pour savoir si quelque chose cloche et ce que je dois corriger, et je recommence.

Delphine Millet - Wonderland 13

Fais-tu beaucoup d’essais avant d’obtenir LA photo ?

Suivant les images j’ai fait plus au moins d’essais. Je suis perfectionniste alors je peux refaire une photo de nombreuses fois jusqu’à ce que la pose me convienne parfaitement, surtout que je ne me vois pas en direct et que je suis obligée de faire de nombreux allers-retours vers l’appareil. Pour cette série j’ai entre 60 et 100 photos pour une image. Avec le temps je m’améliore et j’arrive à avoir la bonne pose plus rapidement, mais ces nombreux essais me permettent aussi de tester différentes choses.

Quel est ton processus de retouche ? (sans nous dévoiler tes secrets éventuels mais je suis curieuse de savoir comment tu procèdes techniquement)

Comme je suis très exigeante pour la prise de vue, mon processus de retouche est grandement simplifié ! Pour une image, je fais une première sélection des photos qui me plaisent le plus, et j’affine cette sélection jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une ou deux. Je fais quelques réglages sur l’image en RAW quand je l’importe dans Photoshop, je corrige quelques défauts (la trace des chaussettes, une tache sur la robe…), je règle les couleurs, les contrastes à l’aide des courbes et c’est tout ! Dans mes images, je fais en sorte de créer la magie en vrai et non sur Photoshop. Donc si il faut être agrippée à des rochers, je cours pour le faire en moins de 10 secondes, si il faut aller dans une eau à 1° j’enfile une combinaison de pêcheur et je me dépêche avant d’être prise d’hypothermie (5 minutes, ça a été la photo la plus rapide à prendre !). Dans mes autres séries c’est pareil, les seules images « photoshoppées » sont celles où plusieurs mains apparaissent (je n’ai encore découpé personne pour une photo).

Delphine Millet - Wonderland 12

Pour « Wonderland », tu as photographié des lieux incroyables en remettant de l’humain dans ces paysages désertiques, mais cette jeune fille est tout de même fantomatique avec sa robe blanche… ça pourrait être presque inquiétant si ce n’était pas aussi poétique, et légèrement mélancolique ! Qu’avais-tu envie de faire passer comme émotion ?

Cette série comme toutes mes photographies personnelles est d’une certaine manière autobiographique. J’aime bien me voir comme un romancier qui s’inspire de sa vie pour écrire des histoires.
L’histoire que je me racontais quand je prenais les photos était celle d’un personnage qui comme moi se retrouvait seule, perdue dans ce monde étrange et désertique. Elle avance, elle prend son temps pour explorer, pour contempler. Mais malgré les obstacles qu’elle peut rencontrer, elle continue d’avancer toujours plus loin.
J’ai choisi de faire un voyage au milieu de nul part pour essayer de me trouver moi. Avant de partir, je me posais beaucoup de questions sur qui j’étais, sur ce que je voulais… J’étais perdue. J’avais besoin de faire le vide, d’être seule pour renouer avec moi-même. Et finalement, j’ai trouvé un écho sur ce que je ressentais dans les paysages Islandais. Ces paysages désertiques, magnifiques, cette nature rude mais sublime, m’ont permis de comprendre que l’essentiel n’était pas quelque chose à trouver, une vérité à tirer du plus profond de soi sur qui l’on est, ce que l’on veut, mais juste la certitude que tout change, que rien n’est figé, et que même si l’horizon ne nous offre rien d’autres à voir, tout sera différent encore et encore, et que malgré sa rudesse, il nous accueillera. Nous n’avons qu’à profiter du voyage et à continuer d’explorer.
La mélancolie, la poésie et un certain décalage sont ce qui caractérise mes photographies. Quand je réalise des images, je veux que le spectateur prenne du plaisir à les regarder mais qu’il se demande aussi si c’est réel ou non et qu’il se raconte une histoire. Je suis très touchée quand les gens se retrouve personnellement dans mes images. Pour « Wonderland » je laisse aussi la place au spectateur pour qu’il puisse se raconter sa propre histoire : est-ce le fantôme de l’avion qui erre, Alice qui parcourt le pays des merveilles dépeuplé de ses habitants, une rescapée de la fin du monde ?

Delphine Millet - Wonderland 9

Quelles ont été tes influences ?

Mes influences sont variées : elles vont du Wanderer de Friedrich, à Cig Harvey en passant par Tim Walker et Wes Anderson. Je pourrais en faire une liste entière ! Je regarde aussi beaucoup la nouvelle génération : Maia Flore, Brooke Shaden, Ruben Brulat…

Quel va être l’avenir de « Wonderland » ? Vas-tu l’exposer ?

J’aimerais beaucoup exposer cette série, la diffuser. Je contacte des galeries, je la propose à des festivals. Je l’ai fini il y a tout juste quelques mois et cela prend du temps. J’espère quand même y arriver. Après m’être confrontée à l’Islande, j’aimerais que les gens se confrontent à mes images !

Merci beaucoup à Delphine Millet pour le temps qu’elle m’a accordée !

CatégorieCulture

par

J'aime surfer, lire des romans historiques, les singes, prendre des gens en photo, l'escalade, voyager, manger, cuisiner, les Belges, rêver, les feux de cheminée, Pierre Rabhi, la bande dessinée, chanter, mes amis, mon Nikon FM2, travailler.

22 commentaires

  1. Magnifiques photos, j’adorerais me rendre en Islande et cette série de photo ne fait que me conforter dans cette idée !
    Puis une douce mélancolie se dégage, c’est très beau et troublant à la fois..
    Merci pour cette découverte Noémi !

  2. Encore une fois, merci pour cette jolie découverte Noemi, cette interview et les photos qui l’accompagnent sont simples et sublimes! La photo de l’avion est juste dingue!
    « même si l’horizon ne nous offre rien d’autres à voir, tout sera différent encore et encore […] Nous n’avons qu’à profiter du voyage et à continuer d’explorer. » voila une phrase que je ne n’oublierai pas de si tôt!

    xx Lexie

  3. Les photos sont magnifiques et l’interview est très intéressante ! J’adore découvrir le processus créatif de gens passionnés par leur métier.
    Merci pour la découverte de son blog.

  4. Génial, les photos sont belles et l’interview super intéressante ! Et quel plaisir de reconnaître certains paysages d’Islande <3

  5. Encore une belle découverte grâce à ton blog, et voir qu’il est possible de réaliser de telles photos en étant seule (ou presque), ça donne confiance et envie. Merci ;-)

  6. Quelles magnifiques photos ! Merci beaucoup pour cette belle découverte. Son blog est super. Complètement fan également de sa rénovation de caravane. :)

  7. Wow, quelles belles photos! Merci pour la découverte. J’apprécie d’autant plus que j’ai déjà visité l’Islande, et j’ai donc l’impression d’y retourner un petit peu. L’interview est très intéressante également!

  8. Une très jolie découverte grâce à ce blog ; les photographies de cette série ont un côté magique & surréaliste que j’adore… merci !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.