Florence Foster Jenkins : la Soprano qui chantait faux

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Hier sortait « Marguerite » au cinéma. Je ne l’ai pas encore vu mais l’histoire dont est inspiré le film m’a beaucoup plu et j’avais envie de vous la raconter. Un peu comme le destin de Vivian Maier, celui de Florence Foster Jenkins est fascinant, et dramatique évidemment !

Florence Foster Jenkins est née en 1868 à Wilkes-Barre en Pennsylvanie de parents très riches. Elle étudie la musique très tôt et prend des cours de piano. C’est presque une enfant prodige : « Little Miss Foster » donne son premier récital à 8 ans ! A 18 ans, elle souhaite partir étudier en Europe mais son père refuse. Florence est une forte tête, elle s’enfuit donc à Philadelphie avec un médecin, Frank Thornton Jenkins, qu’elle épouse. Un mariage malheureux qui ne rapportera à Florence Foster Jenkins que de la frustration (il veut la protéger en l’empêchant de chanter) et la syphilis ! Elle devra d’ailleurs prendre du mercure toute sa vie pour « soigner » sa syphilis. Une hypothèse voudrait que le mercure ait affecté son nerf auditif, et c’est pour ça qu’elle chantait aussi faux !

A Philadelphie, Florence est enseignante et pianiste. Mais un premier drame survint dans sa vie : elle se blesse au bras et doit renoncer au piano. Après son divorce en 1902, son riche père meurt peu de temps après. C’est une véritable aubaine pour Florence Foster Jenkins qui hérite et devient richissime ! Elle peut enfin se consacrer à sa passion et devenir cantatrice. Elle part vivre à New York avec sa mère et s’implique énormément dans la vie musicale et culturelle ; elle fonde notamment le Club Verdi. Florence prend des cours de chant et commence à donner des récitals, dès 1912. Evidemment, personne n’a le bon goût de lui dire qu’elle chante atrocement mal – elle ne tient pas les notes, chante faux et pas en rythme – il faut dire qu’elle paye particulièrement bien.

Florence Foster Jenkins devient une « socialite » américaine dans toute sa splendeur : on la voit partout, ses tenus plus qu’extravagantes font jaser et elle apparaît régulièrement dans les colonnes « people » de l’époque. Elle se met également en scène dans des tableaux vivants, capturés par les plus grands photographes de l’époque. Elle joue les héroïnes antiques… Les critiques raffolent d’elle, il est très bien vu à l’époque d’aller écouter la Soprano, et de se moquer d’elle. Mais Florence est heureuse, elle est saluée par tous et vit son rêve.

Florence Foster Jenkins Portrait

A 60 ans, sa mère décède. C’est le jackpot pour Florence Foster Jenkins ! Les ressources supplémentaires lui donnent des ailes – littéralement d’ailleurs ! – et elle enregistre son premier disque. Elle n’a besoin que d’une seule prise pour s’estimer très satisfaite. Apparemment, on ne peut s’empêcher de penser à une blague en écoutant ses disques : le pianiste essaye de la guider, il joue donc comme s’il s’agissait de marches militaires, Foster Jenkins n’a aucun souffle, les paroles sont incompréhensibles et son interprétation de la Flûte Enchantée ressemble plus à d’insupportables petits cris très aiguës qu’à autre chose.

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Elle chante de grands airs d’opéra, mais aussi des compositions que ses pianistes et elle ont écrites. Sur scène, elle imagine et crée elle-même ses costumes (dont cette mythique paire d’ailes). Elle a un vrai sens du spectacle et se moque des rires qui émanent du public : pour elle, ce sont des jaloux. Il faut dire qu’elle a tout lieu de croire qu’elle est douée, son public l’adore et en redemande. Les gens la pressent pour qu’elle donne plus de récitals. Florence Foster Jenkins se produit uniquement au Ritz-Carlton, et supervise la distribution des tickets d’entrée.

En 1944, à 76 ans, Florence Foster Jenkins cède aux supplications de son public et décide de louer le très prestigieux Carnegie Hall. Elle chante devant une salle comble mais les critiques sont sévères. Le New York Post publie : « elle peut tout chanter, sauf les notes ». C’est terrible pour elle, et deux jours après le concert, alors qu’elle achète des partitions, elle fait une crise cardiaque. Elle n’y survivra pas et décède un mois plus tard.

Florence Foster Jenkins est ainsi entrée dans la légende pour sa tristement célèbre notoriété. Etait-elle si inconsciente de ce que le public pensait d’elle ? Sa grande devise sème le doute : « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n’ai pas chanté »…

Florence Foster Jenkins a beaucoup inspiré les artistes : le film de Xavier Giannoli adapte et transpose l’histoire de la riche soprano à Paris, et la chanteuse est jouée par Catherine Frot. Stephen Frears tourne quant à lui une vraie biographie avec Meryl Streep dans le rôle titre. Il existe aussi plusieurs pièces de théâtre. On ne peut s’empêcher de penser que le plus vibrant hommage rendu à Florence Foster Jenkins est celui d’Hergéla Castafiore est sans doute très inspirée par la Soprano, une très riche chanteuse couverte de diamant, extravagante et qui chante atrocement faux !

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